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Cette année, j’ai été invité à participer au festival ARLÉO.

C’est la première fois que je participe à ce genre d’événement.
Première fois également que je dois produire et exposer un travail photographique personnel aux côtés d’artistes reconnu(e)s et venu(e)s d’univers très différents du mien.

En Décembre dernier, les “sélectionné(e)s” ont été convié(e)s à Hell-Bourg pour parler lieux d’exposition, installations et organisation du festival.

Une ambiance un peu “colonie de vacances”, avec des organisateurs(trices) dévoué(e)s et des sélectionné(e)s plutôt indiscipliné(e)s.
Très bon enfant, en tout cas…

Découverte des lieux d’exposition, du village.
Visite du bâtiment désaffecté de l’ancien RSMA, dont sont issues les quelques images présentées ici

Et on se retrouve ensemble pour un petit déjeuner.
Cafés. Viennoiseries.
Parasols “Dodo” jaunes fluos au dessus de nos têtes et grand soleil sur le Piton en surplomb.
Des vannes gentilles qui fusent de droite à gauche et des discussions plus sérieuses aussi. Pas seulement une ambiance de "colonie de vacances", donc.

Et puis retour à la case.
Nous avons chacun(e) jusqu'au mois de Mai pour présenter quelque chose.

Le festival nous a demandé de travailler autour du thème du “recouvrement”.

J’ai laissé cette idée dans un coin de ma tête et j’ai continué mon travail de photographe pour mes clients : les commandes, les prises de vue, les livraisons d’images.

Depuis quelques mois, comme je n’ai plus le permis, je parcours l’île autrement : à pied, en bus, en vélo. Mais du coup, presque toujours avec mon appareil photo.

Ce changement m’a amené à redécouvrir l’île et à la regarder autrement.
Les déplacements prennent du temps mais un temps plutôt précieux : une forme d’errance, d’observation lente, où des choses très ordinaires commencent parfois à apparaître avec un léger décalage.

Je n’ai jamais eu énormément d’attrait pour la photographie de paysages. Je ne prends jamais mon appareil pour aller photographier les coulées de lave ou les cirques.

Je me suis rendu compte que ce qui m’attire, c’est plutôt ce qu’on regarde moins : les lieux un peu à la marge, les chemins, le "presque rien".

J'ai commencé à faire des séries autour de ça.

Et puis, de fil en aiguille, je suis retourné me promener sur un tronçon de la Nouvelle Route du Littoral. Une portion accessible à pied depuis le quartier du Bas de la Rivière à Saint-Denis.

L’endroit m’a toujours fasciné : les tétrapodes, l’océan à proximité, les énormes murs en béton, le bruit permanent de la route, les pêcheurs. J’y suis retourné plusieurs fois, sans trop savoir quoi photographier au début.

De retour à la maison, face à l’ordinateur, en regardant les images, je me suis rendu compte que le simple témoignage photographique du lieu ne m’intéressait pas vraiment. Je n’avais pas envie de faire un reportage sur cette portion de route.

Par contre, les images de la mer prises à cet endroit, au plus près de l’eau, avaient quelque chose d’attirant.

Notamment une.

Une image très simple dans sa composition : un horizon droit, les lumières du matin à Saint-Denis, le bleu d’été très saturé dans le ciel et sur l’océan, quelques nuages qui bordent l’horizon, les points blancs à la surface des vagues.

Le contraire d’une image de carte postale.

Quelque chose de très quotidien finalement.​

Nous voyons tous l’océan presque tous les jours à La Réunion, et c’est comme si cette présence permanente avait fini par devenir invisible.​

En regardant cette image sur l’écran, quelque chose commençait à m’attirer.

 

​Quelques jours avant le début du festival ARLÉO, c’est cette image que j’ai fait imprimer.​

Une image immense. Presque 6 × 4 mètres.

Huit panneaux à assembler puis à aller coller sur ce mur.

Je ne sais pas trop pourquoi. 

On a débarqué avec un ami un matin de bonne heure pour poser l'image.

Des pêcheurs avaient passé la nuit sur place.
Ambiance de fête bon enfant dans ce paysage.
Un bon vieux « Oh Zamal » à fond qui vient résonner sur les murs de béton avant de se perdre dans l’océan.
Soleil blanc de plomb malgré l’heure matinale.
Le ciel et l’océan sont d’un bleu presque absurde.
Pêche au drone depuis la berge.

Une fois l'image mise en place, on est restés là un moment avec les pêcheurs et les passants.

Les réactions ont commencé presque immédiatement.
Des gens s’arrêtaient ,commentaient.
Ils regardaient l’image.
Puis l'ocean juste derrière.
Puis revenaient vers l’image.

J’ai laissé presque par hasard une des deux échelles sur place.
Elle a fini par faire partie de l’installation, avec son ombre parfaitement découpée sur le bleu de la photographie.
Très vite, les téléphones sont sortis.
Les selfies aussi.

Pour faire marrer ses potes, un pêcheur s’est mis à faire semblant de pêcher à l’intérieur de l’image.

J’ai pris l’appareil. Quelques photos des scènes et de l’installation.

Et je crois que c’est à ce moment-là que j’ai commencé à comprendre ce qui m’avait poussé à faire cette installation.

Le mur et l’image collée dessus n’étaient peut-être finalement qu’un prétexte.

Un prétexte pour fabriquer quelque chose.
Pour éprouver simplement le plaisir de créer.

Un endroit étrange où la photographie cessait d’être seulement “ma” photographie et commençait à appartenir un peu aux gens qui passaient là.

Pendant quelques instants, le territoire, sa représentation et le regard des gens semblaient se rencontrer.

Pour ARLÉO, j’ai finalement choisi de faire imprimer cette photographie de l’installation, un format 100 × 66 cm sur papier d’art.

 

C’est cette image qui a été exposée pendant les trois jours du festival.Quelques personnes sont venues voir la photo, ainsi qu’un groupe de mécènes attentifs.

 

Nous avons parlé d’images, de territoire, d’installation, de représentation.

Et puis juste avant de partir, une amie m’a lancé, tout sourire :

“T’as les boules ? T’as rien vendu alors que tes potes ont vendu…”

J’ai rigolé, mais cette phrase m’a probablement plus touché que je ne voulais l’admettre.

Sans doute parce qu’elle ramenait brutalement tout le travail à quelque chose de très concret : la comparaison, la validation par la vente, le regard des autres.
Pendant tous ces mois, je n’avais pas vraiment pensé à ça.
J’ai surtout beaucoup bossé, beaucoup pris d’images, beaucoup bougé.

Le cadre proposé par le festival, son thème imposé et le temps laissé pour construire ce projet ont été précieux pour moi.

Je me rends compte à quel point j’ai pris plaisir à investir pleinement le projet, à l'imaginer et à le concrétiser.
Je me rends compte également que le “recouvrement” a fait son chemin malgré moi, un peu en sous-marin, en parallèle de mon travail de photographe de commande.

Je crois que ce que j’attendais surtout du festival, c’était la possibilité de montrer ce travail, d’en parler, d’échanger autour des images et de partager une démarche encore en train de se construire, avec le public comme avec les professionnels d’un milieu que je découvre encore.

Ma participation à ARLÉO restera une étape importante dans la suite du travail que j’essaie aujourd’hui de mettre en place.

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